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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 22:51

   Au début, ou plutôt aussi loin que je me souviens, il me prit par la main pour me mener vers une pièce et me dit: "J'ai quelque chose juste pour toi!" Là, au centre de cette pièce dont je découvrais l'existence, un coffre joliment bien orné. La clef est dans l'unique serrure mais le coffre n'est pas verrouillé. Il me regarde, je le regarde et lui dis: "Je peux ouvrir?" Il me répond d'un signe de la tête et d'un sourire affirmatif. Il y a, posés sur un magnifique tapis de velours, cet instrument avec son archet. J'ose à peine y toucher tellement il est beau. C'est incroyable mais il a l'air taillé d'une seule pièce. "Regarde!" me dit-il tout en me montrant du doigt l'inscription en bas relief Pour Denis avec tout mon amour. Rien de gravé, tout est merveilleusement bien taillé d'une seule pièce, l'instrument et l'inscription. Je prends délicatement l'instrument avec son archet, un soupir de stupéfaction je le regarde sans mot dire. Je sais instinctivement qu'il n'a jamais servi et qu'il doit être parfaitement accordé. Il me regarde, il regarde l'instrument brièvement et ses yeux reviennent croiser les miens. Il attend, sans trop insister pourtant.

   Mais qu'est-ce qu'il attend?...un remerciement?...une réaction quelconque? "Merci!" lui dis-je. "Est-ce que je peux en jouer?" Il me répond avec son sourire et son signe de tête comme précédemment. Je me sens comme un idiot, mon nom est inscrit dessus et je lui pose cette question stupide!

   Mes doigts maladroitement posés sur l'archet, je le fais glisser délicatement sur les cordes et un son en sort, je fais un léger soubresaut. Et un son différent lorsque je pince légèrement les cordes de l'instrument. Il sourit, et pourtant il n'y a pas de quoi se réjouir de quelques notes. Soudain, par un élan d'assurance de ma part, ce sont une série de notes disparates sans aucune harmonie...quel gâchis! Je remets brusquement l'archet et son instrument dans le coffre et le ferme aussitôt. Je lui dis tout en sachant que je risque de le peiner: "Quelle idée de croire que je pourrai en jouer! J'en serai incapable!" Il me regarde et baisse les yeux sur le coffre et me regarde faire demi-tour pour sortir de la pièce. "Attends!" me dit-il. "Écoute!" et il commence à fredonner un air mystérieux et pourtant si beau. C'est comme si j'en avais déjà entendu des bouts, mais je ne sais où. Avec un soupir déconcerté je reviens poser les mains sur le coffre sans l'ouvrir: "Il faudra me donner des leçons!" "Bien sûr!" me répond-il. Je sors, il me suit tranquillement.

   Le lendemain je le regardai sans dire quoique ce soit et il devina mes pensées lorsque je fis mine de me diriger vers la pièce. Il me suivit pour regarder ce que je ferais sans me suggérer quoique ce soit. J'ouvris le coffre et, après un moment d'hésitation, pris l'instrument et son archet: "Vas-y apprends-moi!" Ce sourire franc sur son visage me fait oublier sa déception de la veille.

   Bien que véritable cancre au départ, j'appris si bien de lui que je pris plaisir à cet instrument, aussi même malgré le fait qu'il ne me brusqua jamais à en jouer. Vinrent les concerts pour instruments à cordes, et autres concerts où s'alliaient tous genres d'instruments, là où je pus exercer mon art. Des fois c'était bien et je lui disais: "Comment c'était?" Il me répondait d'un radieux sourire: "C'était très bien!" D'autres fois je n'osais lui demander car je savais que je fus médiocre. Lui, avec son même sourire, me disait: "Tu as fait de ton mieux!" Et, comme pour m'encourager à continuer, il me dit: "Viendra le jour où tu feras audition pour entrer au Grand Conservatoire". Je lui dis: "Tu crois que je pourrai y être admis?" "Tu y seras assurément! D'ici là il te faut continuer à jouer encore pour être parfait."

   Les concerts se succédèrent et puis arriva le jour de l'audition pour le Grand Conservatoire. Je m'assis dans une immense pièce en apparence sans plafond, mon instrument et son archet posés miraculeusement là près d'un trépied. Mon instrument est curieusement impéccable comme jadis lorsqu'il n'avait jamais servi. Quelqu'un a prit soin de l'astiquer et de l'accorder. Quelle délicate attention! Soudain la lumière se fait dans la pièce, je remarque qu'il n'y a ni plafond et ni murs. Par où suis-je entré? je n'en sais rien!

   Le Grand Examinateur est tout au-dessus de la pièce, il me regarde; je ne suis pas étonné que ce soit lui. "Vas-y! tu peux commencer!" qu'il me dit. Sur le trépied une feuille avec un titre tout en haut L'Hymne des Anges et le reste est tout blanc...aucune ligne, aucune clef de sol, aucune note, rien du tout. "Suis-je sensé connaître cette hymne?" Il me fait signe que oui et, tout en posant son doigt sur ma poitrine,  me dit: "J'ai tout inscrit de cette hymne là sur ton coeur comme l'inscription sur ton instrument." "Écoute!" ajouta-t-il...et il commença à fredonner cet air beau et mystérieux d'autrefois. N'écoutant alors que mon coeur et le contemplant du regard, je pris mon archet et commençai à jouer cet air gracieux et comprenais pourquoi il me fit don de cet instrument: c'était pour ce grand jour, pour que je puisse lui jouer cet air qui est nôtre de toujours. Plus je joue, plus cet air me colle à la peau, me colle à l'âme. C'est comme si ce n'était plus seulement moi qui  jouais, mais qu'il y avait son bras invisible qui guidait le mien. Il tape des mains pour m'applaudir et ouvrir tout grand les bras: "Tu n'auras plus besoin de cet instrument maintenant! Viens dans mes bras!" Et c'est l'étreinte de Dieu mon Père. Le choeur des anges apparaissant de tous côtés chantent cette unique hymne à l'amour.

 

C'était...ou plutôt ce sera "Le rendez-vous du soliste".

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Published by Denis - dans Dieu est Amour
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commentaires

claudine 22/02/2012 21:02

le grand conservatoire... je crois que toi et moi avons un peu hâte quelque part... Mais... et si je n'en jouais pas assez bien de cet instrument ?

Denis 23/02/2012 03:48



Si tu sais t'entourer de gens qui jouent juste, si tu as un excellent professeur, et si tu te fais comme modèles ceux et celles qui ont été des virtuoses(les grands saints)...alors tu joueras
assurément juste. Il n'y a qu'un professeur et c'est Dieu. Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu l'Esprit Saint qui nous habite et qui nous donne le ton juste et l'harmonie. Amen



daniel 04/09/2011 15:37


de passage


Denis 04/09/2011 17:19